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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Contre ou pour Bouteflika? Retour su les Indifférents de Gramsci

« Notre devoir, votre devoir, vous qui êtes la génération de l’indépendance, qui avez eu la chance d’avoir une formation et une connaissance des réalités, vous devez faire prendre conscience à nos jeunes que l’indépendance du pays doit être protégée.

Protégée par le travail, par le respect de son Etat, par l’engagement de tous les jours pour consolider cet Etat, par le fait de donner à chaque chose son véritable poids et de comprendre les enjeux. L’indépendance n’est pas acquise si on ne la défend pas. Il est vrai qu’il existe des problèmes dans la construction de chaque Etat.

Il faut qu’ensemble, nous nous organisions pour affronter et régler ces problèmes. C’est de notre responsabilité à tous. Il s’agit de combats politiques.

Aux Algériens de connaître leur histoire.

Que les Algériens se mettent à lire leur histoire. C’est le meilleur bouclier qu’on puisse avoir pour répliquer aux attaques contre l’Algérie. »

Zohra Drif Bitat (entretien à El Watan du 10-02-14

 

 

Je remercie l'ami facebook Zineddine K. pour m'avoir mis sous les yeux le texte « Je hais les Indifférents » de Gramsci, que j'avais publié ici dans ce blog traduit en arabe et peut-être en français aussi. Je l'avais publié sans m’être arrêté pour faire la précision nécessaire suivante : il faut entendre par Indifférent, la personne qui, par par paresse et opportunisme, ne s'engage pas dans une entreprise commune mais qui attend des autres qu'ils fassent l'effort à sa place !

En fait, quand plus tard j'avais dû répondre à cet ami (et je répondais à d'autres aussi avant lui sur le même argument), il me venait toujours à l'esprit de leur citer ce très bel article de Gramsci, un philosophe que j'adore trop.

Mais je ne le citais pas pour autant, car ou bien je m'en distrayais par autre chose, ou bien je le trouvais un peu hors sujet.

J'admire donc ce texte, et si je l'avais traduit et publié sur mon blog, c'est parce que je voulais qu'une telle merveille de la pensée et de la dignité humaine - rassemblées dans la personne de ce grand homme - arrivât aussi à mes concitoyens. D'ailleurs mon blog a été créé fondamentalement pour les Algériens, pour berbericus d'abord, puis pour les autres peuples.

J'arrive au fait : il y a aussi une autre raison, une troisième, pour laquelle je ne citais pas ce texte. Je pense que Gramsci entende par Indifférents, les paresseux et parasites opportunistes.

Toutefois, pour moi, Gramsci ou pas Gramsci, une personne qui choisit avec liberté, conscience et détermination une position donnée - même celle de ne pas réagir ! - en en assumant toutes les conséquences et en renonçant bien entendu aux butins des actions des autres – du moment que ces butins ne lui viennent pas de sa propre position et de son propre engagement – cette personne, dis-je, qui choisit l'Indifférence ne saurait et ne devrait être considérée Indifférente ; contrairement aux opportunistes parasites qui, eux, ne puissent résister à ces butins qu'ils ne méritent pas.

Donc il y a indiffèrent et indifférent.

Je peux être indifférent si je vois et décide de l’être, et si au moment des butins, non seulement je n'allongerais pas le bras pour en profiter, mais je renoncerai à toute offre ou invitation au banquet auquel je n'ai pas participé ; et dans ce cas Gramsci ne saurait me haïr ni m'obliger à faire ou à penser ce qu'il voudrait que je pense ou fasse, car ce serait alors une violence de sa part.

Ce serait une violence à l'encontre de ma liberté à moi.

Seuls les parasites et lâches opportunistes pourraient lui « concéder » (à Gramsci) des droits sur leurs personnes.

Et Gramsci, dans ce même texte, a bien explicité ce qui est scandaleux dans l'indifférence : le parasitisme et l'opportunisme.

Donc ce sont notre conscience et la cohérence de nos convictions qui font de nous – dans le cas où nous décidons de ne pas nous engager - des indifférents dignes.

Il reste une dernière précision : puisque l'homme n'est pas seulement psychologie, mais il est aussi sociologie (au sens large des termes) ; il n'est pas seulement Conscience, mais il est aussi Loi, il y a des situations où le Mal (il faut introduire ce terme pour éviter d'ennuyeuses périphrases) est tellement net et scandaleux que le citoyen-Conscience ne peut trouver aucun alibi pour abdiquer ses ''prérogatives'' au profit du citoyen-Loi.

La Loi prime la conscience.

Des exemples ?

La réponse à l'Appel du 18 Juin des Résistants français.

L'appel de notre 1er Novembre 54.

Dans ces deux cas de figure, il n'y a pas de place à l'Indifférence.

Pour conclure, je vais lier mon propos à notre débat de fond : prendre position contre Bouteflika et l'administration qu'il chapeaute (c'est de cette discussion que mon ami Zineddine et moi sommes partis).

Personnellement j'ai décidé de ne pas faire le trublion pour ceux qui nous gouvernent, car je crois qu'il leur faut - à côté des compétences indispensables dans l'art et la science de gouverner – un peu de Sérénité surtout.

Oui, à nos gouvernants manque plus la Sérénité que les compétences, même si dans ce domaine il leur reste encore un long chemin à parcourir, vus les immenses désastres, legs funestes de cinq (5) siècles de domination étrangère et d'exclusion des Algériens de la politique et de l'histoire.

N'est-ce pas pour détruire cette Sérénité chez nous que la théorie du Chaos créatif est née ? Funeste théorie conçue et mise en œuvre par l'impérialisme américain avec ses mercenaires de l'OTAN.

Et puis Bouteflika a été plus élu que refusé, non ?

Et qu'on ne me parle pas des abstenus ou des bulletins blancs, car si ces cas n'ont pas été en faveur de Bouteflika, ils ne sauraient être en faveur de ses adversaires.

Ou bien pense-t-on que Bouteflika - qui a été élu par un faible pourcentage par rapport à la population votante – devrait s'effacer quand même ?!

Car alors – vu que l’État ne saurait souffrir le vide au risque de se désintégrer et désintégrer tout le pays – qui veut-on installer à sa place ?

Et qui nous garantit que le résultat électoral escompté serait non seulement mieux que le premier, mais, surtout, serait apte à justifier une telle violence sur Bouteflika (limogé, car se serait un limogeage) ?

Personnellement, et pour ces raisons et d'autres encore inavouées ici, je ne vois pas pourquoi dois-je faire la guerre à notre président ?

Suis-je plus patriote, plus savant, plus honnête, plus courageux, plus fort, plus armé, plus ''relationné'', plus capable et compétent, plus travailleur que toute la marée des gens experts et expérimentés qui l'entourent et l'assistent ?

Certes j'aspire à être honnête, intéressé par la res publica, intelligent, courageux, libre, digne, instruit, poète, critique, savant et tout ce que homme aime, mais de là à me poser comme l'ombilic du monde, cela ne me sied en aucune façon.

Je dis ça non pas par modestie, mais parce que je me connais fort bien, et cela m'a permis de connaître un peu le monde et surtout mon mortel et stupide semblable.  

 

Abdelmalek Smari

 

 

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