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BERBERICUS

Vues et vécus en Algérie et ailleurs. Forum où au cours des jours et du temps j'essaierai de donner quelque chose de moi en quelques mots qui, j'espère, seront modestes, justes et élégants dans la mesure du possible. Bienvenue donc à qui accède à cet espace et bienvenue à ses commentaires. Abdelmalek SMARI

Apartheid ou Quand la France part en guerre contre ses propres enfants ! (1)

 

« L'Inde aux Indiens est aujourd'hui le mot

d'ordre de tout indigène ayant reçu une éducation

anglaise. Éduquons nos Arabes et le cri

l'Algérie aux Arabes sera bientôt leur devise »

Gustave Le Bon

 

 

Pour un petit-pain et des caleçons

Quand la révolte des Banlieues éclata à Paris en 2005, un ami italien essaya de m'expliquer la situation alors en déflagration comme étant due à la nature islamique des protagonistes, nature qui selon lui serait incompatible avec les valeurs dites occidentales.

Toujours selon cet ami, les islamiques (il ne les appelle pas musulmans) seraient incapables de s'adapter à la vie occidentale. Cette in-occidentabilité, donc, les musulmans l'auraient dans leur sang même, voire dans leur ADN.

Sinon comment peut-on expliquer l'existence de cette violence et de cette haine contre le doux-vivre occidental en général et français en particulier chez des immigrés de quatrième, voire même de cinquième génération ?!

Sinon comment peut-on expliquer l'existence chez ces personnes - pourtant supposées bien intégrées au mode de vie occidental - d'un tel refus des valeurs et des lois de la république et d'un tel acharnement contre les biens de ses gens et les infrastructures de la France ?!

L'ami italien n'a pas tout à fait tort, car une telle in-adaptabilité à la vie française, que démontrent les immigrés « islamiques », elle, est bien une réalité en France. En fait ils vivent ''entre eux'', et semblent incapables de vivre en vrais Français.

Déjà Malek Ath-Messaoud et Alain Gillette avaient parlé, plutôt en terme d’ambiguïté, de cette attitude envers la France que les premiers immigrés algériens avaient vécue comme un milieu étranger et hostile. « Selon qu'elle envisage - écrivent-ils - l'une ou l'autre des deux sociétés [française d'adoption ou algérienne d'origine] auxquelles elle se réfère simultanément, la communauté algérienne est globalement portée tantôt à accentuer les différences qui la séparent de la société française, tantôt à prendre ses distances à l'égard de la société algérienne dont elle est originaire : ainsi l'immigré est-il confronté à une véritable crise d'identité. » (1)

Mais crise d'identité ne signifie pas fatalité. Il vaudrait mieux parler de dialectique naturelle : dans la vie de l'homme, on peut avoir des crises de toute sorte, mais si on réussit à trouver des conditions favorables (des politiques d'orientation, un soutien moral, une conscience claire des problèmes et des atouts, un sens de la débrouillardise et du défi…) ou à œuvrer pour en trouver, on peut surmonter la crise rencontrée et aller de l'avant dans une vie lisse et sans obstacles jusqu'à une nouvelle… crise.

Donc une crise n'est pas l'apanage de cette catégorie de personnes : être en crise toujours avec le monde, avec quelqu'un ou même avec nous-mêmes est le lot de l'homme, de tout homme. Et les immigrés d'origine algérienne sont des hommes.

Le vrai problème est, comme je chercherai à le démontrer, que la France est en guerre contre ses propres enfants nés dans la douleur de ses entrailles, nourris de sa sève et de ses forces.

Et cette folie envers sa propre progéniture ne date pas d'aujourd'hui, ou plutôt c'est son mode de toujours de traiter ses Arabes (non chrétiens) avec leur descendance.

De toute façon si chez les premiers immigrés il y avait, de leur part, un net refus de vivre et de s’amalgamer avec les Français, les nouvelles générations, elles, semblent plus disponibles, mais la société française leur refuse la possibilité de vivre avec le reste des autres citoyens.

Tout avait commencé par l'occupation de l'Algérie. Une fois chaotisée, la société algérienne perdit ses repères et ses moyens de subsistance, ses terres en tête.

Et puisqu'il faut bien que les survivants survivent – d'ailleurs on n'y peut rien contre cette arrogante prétention des Algériens de vouloir survivre, c'est la faute à la vie, aux instincts de conservation -, ces demi-morts, damnés de la terre, se sont rendus en France pour vendre ce qu'il leur restait de leurs forces, contre un petit pain et des caleçons.

L'immigration algérienne en France est donc enfant légitime de la colonisation française. Elle « est le reflet des bouleversements consécutifs aux différentes vagues de dépossessions foncières qui ont ruiné les fondements de l'économie traditionnelle et désintégré l'armature de la société originelle. »(2)

 

Quand une ordure humaine se considérait une caste de Seigneurs !

Selon Benjamin Stora, citant Charles-Robert Ageron, « les musulmans [algériens indigènes] avaient perdu, en 1919, 7 millions et demi d'hectares, que l’État et les particuliers, les grandes sociétés capitalistes, s'étaient partagés. » (3)

Et ce n'est pas étonnant si ces colons se comportaient de la sorte. D'ailleurs, selon B. Stora, un de leurs députés les avaient décrits comme étant de l'ordure humaine dont on avait balayé Paris en l'envoyant coloniser l'Algérie (4).

Donc à cette ordure, il faut ajouter cette autre « ordure », ces légions d'opportunistes et mercenaires chrétiens (chrétiens, oui, même de façade!) que la France coloniale avait glanés ça et là dans les autres orduriers humains de l'Europe pour bourrer le vide qu'elle avait créé dans le foncier algérien.

Mais, attention, l’œuvre coloniale, essentiellement humiliante et destructrice du peuple algérien, ne s’arrêta pas au seul crime de déposséder les autochtones de leurs terres et de leur biens.

Cohérente avec sa logique diabolique, elle va outre sur son chemin, dans son œuvre malfaitrice de déshumaniser les vaincus et de les humilier : même le projet assimilationniste de Blum-Violette refusa aux Algériens de souche la citoyenneté française.

Sur une population de six millions il n'accorda qu'à 21000 indigènes une telle promotion, mais seulement à titre individuelle, non transmissible !

Ces heureux « élus » seraient des citoyens français tandis que leurs conjoints, leurs enfants et leurs parents devraient rester des indigènes, des bâtards apatrides régis par les lois cruelles du sinistre Code d'indigénat !

Et encore, ces élus devraient être strictement diplômés ou ayant certaines distinctions militaires. Autrement, niet !

Belle promotion, donc, tellement belle et magnanime qu'elle avait suscité le courroux des colons qui avaient tout fait pour faire échouer cette – pourtant - singerie !

L'effacement de l'Algérie de la carte géographique, la dépossession des Algériens de leurs terres par le Sénatus-consulte, leur avilissement par le Code d’indigénat et la liquidation de leurs ressources économiques par ledit Pacte colonial et par le reste infini des mesures et pratiques administratives arbitraires et criminelles… tout ça œuvrait pour rendre le plus minable des Français ou nouvellement francisés supérieur à n'importe quel Arabe.

Quant à l'instruction, elle fait courir à l'Algérie, c'est-à-dire à la suprématie des colons, un risque mortel.

Et encore, scolariser les Indigènes, oui mais à condition qu'on en fasse des valets de fermes, des maçons et des cordonniers adroits... au service des colons, bien entendu.

Les écoles pour indigènes furent au nombre de 40 en 1870. Selon Germaine Tillon, entre 1945 et 1954 nous avions 84% des hommes et 98% des femmes illettrés en langue française. C'est à dire sciemment exclus de la francité.

En 1945 sur les 4000 étudiants que comptaient les universités algériennes, seulement 150 étaient des indigènes. (5)

Un ex Hongrois, du nom de Sarkozy, avait appelé cette débâcle cosmique les bienfaits de la colonisation. Ce même personnage - d'ailleurs lui-même immigré fils d'immigrés - avait eu l'effronterie d'appeler Racaille des fils d'immigrés, comme lui, dont certains parmi eux sont sûrement plus légitimes et dignes de se réclamer Français que lui.

Après cette débâcle cosmique, instituant cet ordre de servitude et de rapine systématique, toutes les ressources humaines et foncières seront à la disposition des colons en Algérie ou de leurs pairs et parents là-ba dans la Métropole.

Il s'agit surtout d'une armée de main d'œuvre inépuisable, docile, à bon marché et immédiatement disponible, bien qu'inexpérimentée et de rendement faible.

Main d’œuvre qui permet en plus, avec ses milliers de naissances par an, le renouvellement des générations de la France vieillissante.

« Depuis 1945, - écrit Maud Navarre - 26 millions de personnes et leur descendance sont venues soutenir la croissance démographique française, assurant jusqu'à un tiers de celle-ci ... » (6)

Et puisque la France, étant une puissance impérialiste avec des éternels chantiers de guerre ouverts et entretenus partout dans la planète, a besoin de cette marée humaine qui sert de chair toujours jeune et fraîche à leurs canons insatiables, à leurs capitalistes et leurs généraux toujours assoiffés de pouvoir et de sang.

Des gens qui rendent de tels services aux enfants chéris et choyés de la France devraient être mis sur la tête, comme on dit chez nous ; en revanche c'est avec de la xénophobie et du mépris que la France les accueille et les récompense.

Elle leur réserve du racisme, des brimades et de la violence. Elle les exploite à outrance et les loge dans des Ghettos insalubres sans droits pleins à la santé, à l'éducation, à la sécurité et à la justice.

Ainsi c'est avec cette manière déshumanisante que la France coloniale avaient traité les premiers immigrés, et c'est avec le même style, inchangé, qu'elle avait traité leurs descendants jusqu'à la présente génération, qui devrait être la sixième ou la septième. Sachant que l'immigration algérienne datait de 1871, plus exactement, après la révolte d'El-Mokrani et les séquestres de terres qui s'en suivirent !

En fait vaincu, appauvri, endetté, persécuté par la misère et l'humiliation dans toute l’Algérie, il ne reste à l'Algérien qu'à s'arranger : émigrer vers la France, mais il ne va pas tarder d'y trouver le seul et même sort de misère et d'humiliation... c'est que l'immigration reproduit la situation de colonisation.

 

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Bibliographie :

1 - Malek Ath-Messaoud et Alain Gillette, L'immigration algérienne en France – Entente, Paris 1976

2 - idem

3 - Benjamin Stora, Histoire de l'Algérie coloniale – 1830-1954 – Éditions La Découverte, Paris 1991, 2004.

4 - B. Stora, idem

5 - B. Stora, idem

6- Maud Navarre, Charlie, et après ? - Sciences Humaines , Juillet 2015 – N° 272

 

 

Abdelmalek Smari

 

 

 

 

 

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